La soeur cadette

Elle voulait fêter l’anniversaire de son frère aîné. Les dernières années avaient été difficiles. Elle voyait dans ce passage de cap, l’occasion de célébrer leur lien et de rendre hommage à leurs parents trop tôt disparus. C’était là un gage d’affection, une démonstration de son attachement et de son admiration.

Elle voulait compiler dans un livre les photos de famille et les commenter d’un récit à la première personne, où de sa place de petite sœur, elle reviendrait sur leur histoire commune et sur celle de leurs parents Je devais mettre ma plume et mes mots au service de sa parole.

Lors de notre premier rendez-vous, elle tira de son sac une pochette avec les photos qu’elle avait choisies. Quelques mois avant, elle avait vidé l’appartement de sa mère, suite à son décès.
Elle a alors ouvert les cartons qu’elle avait entreposés et elle a replongé, la tête la première, dans les photos en vrac et les albums.  L’exercice était à la fois douloureux mais aussi ressourçant. Elle prenait la mesure de tout ce qu’avait vécu sa famille, et comprenait mieux en regardant d’un œil attentif ces photos familières, la nature de ses relations, non seulement avec ses parents disparus, mais aussi et surtout avec celui qui était son aîné de sept ans.

A la lumière des bougies dans ce bar du 12e arrondissement de Paris, elle a pu me raconter son histoire, en commentant photo après photo. L’histoire de la famille était belle, et connaissait des épisodes heureux mais aussi des épreuves surmontées. Des naissances, des mariages, des deuils, le lot de toutes les familles en somme.

En faisant une description précise des photos, en scrutant les moindres détails, en relevant les objets faisant sens, elle a livré son histoire familiale.

Le lendemain, mon travail a consisté à numériser et nettoyer les photos ; j’ai ensuite organisé le récit autour de ces images, mais aussi des légendes manuscrites qui y figuraient au dos.

Naturellement, j’ai retracé le parcours de son frère, de sa naissance jusqu’à son anniversaire à venir, dans un récit à la première personne. Je me faisais narratrice et je tentais de retranscrire le plus fidèlement les sentiments, les émotions que la jeune sœur éprouvait pour son frère.

Puis est venu le temps de la mise en page et de l’agencement le plus pertinent des textes et des photos.

Enfin une relecture commune de l’ensemble, afin de modifier ou de compléter le texte, de remplacer un mot par un autre : cette étape finale lui permettant de se reconnaitre et de s’approprier pleinement le travail accompli. Le livre pouvait partir à l’impression.

Le soir de la fête, une fois les bougies soufflées, elle a remis à son frère ce précieux présent devant ses amis ; entre les bulles de champagne, la musique et les rires, les absents reprenaient corps, sous les regards complices échangés entre un grand-frère et une sœur cadette, plus proches que jamais.


Cet article a 4 commentaires

  1. Brigitte S

    Que j'aime ton style d'écriture, il est rare que je n'ai pas un frisson à un moment pendant la lecture. Beau métier que tu fais là

  2. Vanessa Cour

    Merci Anne, je me revois encore dans ce bar du 12e ! Ce livre est toujours en bonne place dans nos deux bibliothèques, à mon frère et moi 🙂 Quel plaisir de s'y replonger de temps à autre !

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