La légende familiale

C’est toujours intéressant d’écouter ce que les personnes ont à dire de leurs racines et de leur histoire familiale. La question de l’origine géographique se pose en premier : on revendique son appartenance à telle ou telle région de France, à tel ou tel pays si l’on a des origines étrangères, ou encore si l’on est d’une autre nationalité.

Jusque-là rien que de très naturel. Certains connaissent leurs origines sur plusieurs générations, d’autres les ignorent et ne s’en soucient pas ; enfin il y a ceux qui savent d’où ils viennent mais qui « pimentent » leurs origines d’un ancêtre exotique, à la provenance lointaine, à une époque incertaine et à l’histoire mal établie. L’histoire de cet homme -car c’est généralement un homme- et de ses origines a été rapportée, amplifiée et déformée à travers les siècles, mais elle subsiste néanmoins ; mieux on la revendique. « Il parait que nous avons des origines russes ! » ou encore « On raconte dans ma famille que nous venons de Hongrie…mais je ne sais pas par qui, ni à quel moment »…

Après la question des origines, se pose la question sociale : on descend d’agriculteurs, d’artisans, de commerçants, d’ouvriers, de propriétaires, de notables. Mais là encore, il y a ceux qui connaissent leurs origines sociales, ceux qui les ignorent et ne s’en soucient pas et enfin ceux qui les connaissent mais les agrémentent soit d’un peu de noblesse déchue, soit d’un aventurier parti faire fortune en Amérique du sud, soit encore d’un artiste à la cour de Louis XIV. Malheureusement, il ne reste que les bribes d’histoire familiale transmis génération après génération, rapportés, amplifiés déformés et pour ainsi dire jamais vérifiés.

Et puis un jour, on rencontre celui -ou celle- qui veut savoir et vérifier que l’histoire familiale telle qu’elle est racontée depuis des générations est juste et si on peut l’étayer de quelques faits réels tels des actes de naissance ou de baptême, des titres de propriétés, des contrats de mariage. Faire coïncider la légende familiale à la réalité historique.

C’est là que le travail de la généalogiste peut s’avérer délicat et toucher des points sensibles. Trois possibilités : soit l’histoire se révèle juste et effectivement on retrouve l’ancêtre, sa provenance lointaine, son destin hors du commun, soit on ne trouve rien qui confirme ou qui infirme, soit génération après génération, la légende disparaît au profit d’une réalité beaucoup plus banale, moins exotique et parfois dramatique. On peut rencontrer parmi les ancêtres, des filles-mère et l’établissement de la filiation se retrouve alors amputée d’une branche ; alors oui effectivement, toutes les supputations sont possibles quant à l’origine géographique du père et à son extraction sociale supposée.

La révélation à la personne de ses origines s’avère un exercice délicat ; c’est un moment empreint de beaucoup d’émotion : on lui « présente » ses ancêtres, on lui raconte son histoire. Mais lorsque les hypothèses ne sont pas confirmées, on se sent dans la peau d’un « tueur » de légende familiale, et ce n’est pas forcément gratifiant de mettre un terme à une histoire orale, transmise de génération en génération.
A l’inverse, on peut parfois rencontrer un ancêtre dont la vie adulte tranquille et rangée ne laisse en rien soupçonner une jeunesse aventureuse, tumultueuse et parfois même héroïque. Ainsi, le grand-père d’un client qui s’est avéré être un soldat de la 2ème DB : il est décédé sans jamais avoir raconté à ses enfants et petits-enfants tous ses souvenirs de guerre. Dans un autre arbre, un autre grand-père a passé sous silence une enfance difficile ainsi que l’existence de deux jeunes frères, écartant ainsi de tout un pan d’une famille, dont les descendants aujourd’hui se retrouvent et font connaissance.

Ces périodes tues, ignorées de leurs proches, resurgissent lors de recherches généalogiques et laissent les descendants dans un grand désarroi : ils regrettent de ne pas avoir interrogé leurs parents et grands-parents de leur vivant, sur certaines époques de leur vie, ou encore sur certains liens.

Alors profitez des retrouvailles avec votre famille pour parler, écouter, poser des questions, sortir les photos, et identifier et faire identifier les personnes sur les clichés par ceux qui les connaissent et les ont connues. Partagez, racontez, transmettez, pour vous, pour vos proches, pour plus tard, pour ne pas oublier.

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